Chronique 29 (11/3/2001)

« Merlin, ce poulet est un enchantement. Tant de saveurs délicieusement entremêlées ! Jamais je ne me lasserai de ta cuisine et de toutes tes délicates attentions. »
Les yeux de Mélusine brillaient de tant de bonheur tranquille et doux…
La cocotte rouge attiédie sur la table exhumait encore quelques arômes suaves. Mais nos yeux pouvaient encore se régaler des camaïeux bruns déposés sur les parois par la lente cuisson ; quelques morceaux de poulet ocres reposaient sur un lit de sauce aux volutes désormais figés.
Sourires heureux aux lèvres, prémices doux de la calme euphorie d’une béate digestion.

« Papa ! Tu ne crois tout de même pas que je vais te laisser encore rêvasser à tes enchantements et à tes princesses, et me coltiner tout le travail domestique. Il te reste la vaisselle, et il faut aussi sortir le chien et les poubelles … ! »
Et oui … la vie n’est que ce qu’elle est.
J’ai toujours autant de mal à ne pas piquer du nez, le dimanche, après avoir péniblement dégluti le sempiternel rôti de porc fade et sec, et les légumes vapeur au goût invariable de conserve. Les jolis rêves ne sont qu’une piètre tentative d’évasion, vite vouée à l’échec.
Dire que tout à l’heure, comme d’habitude, les enfants viendront avec leur gâteau industriel à la crème, et nous partagerons le café sans saveur, le seul autorisé par le corps médical. Ils se disputeront, comme d’habitude, et ma femme ne manquera pas l’occasion de renchérir : « c’est bien comme ton père ! »

« Et bien, mon Merlin chéri ! Excuse-moi de te réveiller, mais je crois bien que tu faisais un mauvais rêve… »
La douce caresse et la chaude présence de Mélusine me sortait heureusement d’un sommeil agité. Visiblement je m’étais assoupi sur mon fauteuil, après le café.
La vue persistante de la cocotte rouge sur la table me rappelait heureusement à la réalité.
Ce poulet, j’en ai encore les saveurs sur les papilles.
Et Mélusine m’apportant un si joli moelleux au chocolat, décoré de sucre place, de framboises et de petits brins de menthe, le confirme elle aussi : la vie est si belle tout de même.
Et certains cauchemars s’invitent parfois pour nous le rappeler.

Poulet m’khzani
Recette adaptée (et pervertie…) du livre La cuisine Marocaine de Touria Agourram

Ingrédients
1 poulet fermier de 1,5 kg, 1 oignon, 2 gousses d'ail, 1 cuil. à café de gingembre, 1 pincée de pistils de safran pilés avec un peu de sel, quelques graines de coriandre pilées, un peu de persil plat, 1/2 cuil. à café de poivre, 4 cuil. à soupe d huile d'olive, 4 citrons confits, 250 g d'olives noires dénoyautées, 25 cl de vin blanc, une rasade de cognac.

Découper le poulet. Faire revenir les morceaux à feu moyen, avec le safran, le poivre, le gingembre, 1’oignon émincé et l'ail écrasé. Bien mélanger et retourner les poulets de tous les côtés afin de bien les imprégner des épices, pendant 5 ou 6 min.

Puis, mouiller avec le vin blanc, ajouter les abats, le persil et la coriandre, 2 citrons confits coupés en quarts, couvrir et porter à ébullition. Ajouter alors l'huile d'olive et laisser cuire à couvert à petit feu, en prenant soin de retourner les poulets de temps en temps pendant la cuisson.

Lorsque les morceaux de poulet sont bien cuits, les retirer et les réserver. Ajouter le cognac.
Laisser réduire la sauce, tout en écrasant avec une spatule l'ail et l'oignon, jusqu'à obtenir une sauce bien épaisse et dorée. Ajouter les citrons confits coupés en lamelles et les olives. Laisser encore mijoter 5 min.
Remettre les morceaux de poulet, et laisser réchauffer à feu doux.
Servir chaud, évidemment, en accompagnant de risotto ou de pois chiches aux épices.


Chronique 30 (18/3/2001)

Tout est bien calme dans le petit village gaulois en cette matinée de fin d’hiver.
Les premiers chauds rayons de soleil annonciateurs du printemps caressent la forêt Armoricaine, et chacun vaque tranquillement à ses activités.
La jeune Sofiala s’en va trouver une voisine, pour lui demander un conseil :
« Dis-moi, pour le banquet de ce soir, j’ai commencé à préparer la recette envoyée par mon cousin des Arvennes, tu sais bien, la carbonate à la cervoise, mais je ne sais pas quoi prévoir comme boisson ? Comme la cuisson est à la cervoise, je peux en proposer, mais j’aimerai aussi proposer du vin… Après tout , tout le monde n’aime pas la cervoise. »

« Si tu cuisines à la cervoise, tu ne peux boire que de la cervoise ! Si tu veux boire autre chose, prépares un autre plat ! » s’interposa la jolie, et vive, Mouarfafa qui passait par là.

« Moi, franchement, je ne comprends pas pourquoi tu t’occupes des gens qui n’aiment pas la cervoise. De toute façon, ils n’en mangeront pas de ton plat à la cervoise. Mais c’est dommage, car c’est très bon la cervoise, en particulier pour la santé. » renchérit Pacomplix qui revenait de son jardin. « Mais demande à Clafoutix. Il s’y connaît, lui, en boissons. »
« C’est vrai que si tu veux trouver un mariage parfait, il vaudrait mieux boire de la cervoise, mais autrement, tu peux aussi proposer les deux, et chacun fera ce qu’il voudra. Je pense qu’un vin très charpenté devrait aller, du genre Cahorcie ou Lutécie. »
« Ils sont bien gentils, les amis, de te proposer des vins, mais moi je te le dis ce n’est pas très sérieux comme conseil. C’est comme si je me mettais à boire du vin rouge avec les poissons. »
« De toute manière, avec les poissons de Divrix, autant boire de la ciguë ! Ils sont tellement pas frais, que c’est la seule solution pour ne pas être malade ! »
« Comment ça, pas sérieux ! Si tu n’as rien d’autre à donner comme conseil que ‘Change de plat’, tu ferais mieux de ne rien dire ! »
« Qu’est-ce qu’ils ont mes poissons ? Tu veux les goûter de près mes poissons ? »
« C’est quand même pas toi qui va m’empêcher de parler ! Même si je n’ai rien à dire, je le dirai quand même. Et ça, c’est ma règle absolue. Espèce de mal-embouché ! »
« Mais justement, moi, je ne vois pas pourquoi tu émettrais une règle, en précisant que tu es contre les règles des autres qui ne sont pas d’accord avec ta règle qui veut que l’on n’ait pas de règles. »

Cette phrase du brave Ratzepix fut la dernière audible avant le grand brouhahas des bagarres habituelles du calme et heureux village gaulois.

Le druide Helvetix arrivant parvint difficilement à obtenir le calme. « Et si vous faisiez un peu de silence maintenant ? »
Lorsque tout le monde se tut, peu à peu, tout en sortant délicatement de la mêlée et se frottant les os douloureux, et l’on entendit le chant moqueur d’un merle, là-haut à la cime d’un arbre.
« Et vous savez pourquoi il se moque de vous, le Merle ? Parce que pendant que vous vous battiez entre vous, comme à votre habitude, au lieu de discuter tranquillement et d’échanger vos opinions, des chiens errants sont venus dans la cuisine de Sofiala et ont emporté toute la carbonate.
Comme cela, ce soir, vous vous contenterez des sangliers rôtis habituels.
A condition que vous vous dépêchiez d’aller en chercher et de les faire cuire. »

Carbonade à la façon du Sud-Ouest

1 kg de rouelle de veau, 200 g de jambon de Bayonne, 4 échalotes, 1 kg d'épinards, huile, beurre, poivre, sel, thym.

Faites mariner durant 12 heures la rouelle de veau, avec du thym effeuillé et de l'huile.
Egouttez-la et, dans une cocotte, faites-la colorer des deux côtés dans du beurre et de l'huile. Salez, poivrez, couvrez et laissez cuire doucement 1 petite heure.
Retirez la rouelle lorsqu'elle est à peu près cuite et mettez-la dans une casserole en terre, au chaud et couverte.
Dans la cocotte, mettez le jambon coupé en dés et les échalotes émincées. Laissez-les blondir puis disposez-les sur la viande.
Toujours dans la même cocotte, remettez un peu de beurre frais et faites fondre les épinards qui doivent être très tendres.
Dressez la rouelle, le jambon et les échalotes sur un plat chaud et disposez les épinards tout autour. Servez bien chaud.

(recette de Raymond Oliver, La cuisine. Ed. Bordas)


Chronique 31 (25/3/2001)

Ce bon vieux Merlin avait reçu, ce jour-là, un message par-pigeon fort désolant : Sa Belle Mélusine se voyait contrainte d’annuler le rendez-vous du week-end.
« Maman a décidé de venir passer quelques jours à la maison. J’imagine qu’elle a du avoir quelque querelle avec son époux et qu’elle n’a pas trouvé mieux comme point de chute pour prendre un peu d’air. »
Désolé, mais aussi compatissant, Merlin en était là de ses pensées lorsqu’il entendit un grand bruit de chariot aux abord de sa maisonnée. Sortant sur le pas de la porte, il eut la surprise de voir sa propre mère descendue d’un chariot avec quelques bagages volumineux.
« Bonjour, Merlinou ! C’est une surprise n’est-ce pas ? Je viens de doubler le facteur qui t’apportait la lettre dans laquelle je t’annonçais ma venue. Tiens, la voici, tu la liras plus tard, parce que ce serait bien d’abord de m’aider à transporter mes bagages…. »

Comme tout un chacun, Merlin adore sa Maman, bien sûr, mais de là à la voir venir s’installer chez lui, ne serait-ce qu’une petite semaine….
« Tu connais ton père ! Une tête de mule comme on n’en fait plus ! Il s’obstine à planter les légumes du jardin en dépit de mes observations. Et cela fait des années que ça dure. Je ne dis pas que les légumes ne sont pas beaux, remarque ! Ils sont même excellents ! Mais j’aimerais bien tout de même qu’il tienne compte de mes observations, de temps en temps. Alors là, je n’y tenais plus. Pour éviter de nous disputer cette année encore, j’ai décidé de m’en aller pendant qu’il faisait ses plantations. Et comme tu ne viens pas souvent nous voir, c’est ta Maman qui vient vers toi, mon petit garçon, espèce de garnement….. »

Evidemment Merlin fit bonne figure, sortit les plus beaux draps, ramassa des fleurs pour décorer la chambre, mais il ne put échapper à quelques remarques :
« Il y a longtemps que le ménage n’a pas été fait ici, dirait-on…. »
« A ton âge tu devrais trouver un travail moins fatiguant, comme ton cousin qui est contrôleur des chantiers non-finis. »
« Mais tu cuisines toujours comme ça ? Mais c’est trop lourd, et puis tu devrais mettre un tablier, tout de même… »
« Je ne comprends pas pourquoi tu ranges tes couteaux ici. Ce serait beaucoup mieux dans ce tiroir-là. Et puis tu as trop de casseroles. Cela doit te faire beaucoup trop de vaisselle à laver. »
« Comment ça, je ne dois pas entrer dans cette pièce ? Tu as des choses à cacher à ta mère ? »
« Et tous ces pots sans étiquette, tu vas finir par te tromper…. Comment ça, impossible de se tromper avec la poudre de bave de crapaud ? Tu utilises ça dans ta cuisine ? Et bien je ne suis pas prête à manger à ta table ! Ah mon pauvre fils…. »

Mais ce fut, au bout de trois jours de calvaire, lorsqu’elle s’aventura à parler insidieusement de Mélusine, que tout se gâta.
« Tu sais, ton amie Mélusine, elle est charmante et très polie, bien sûr, mais …. Bien sûr que je ne crois pas aux commérages de toutes les vieilles folles du village, mais tout de même, il n’y a pas de fumée sans feu.
Et tu aurais quand même bien besoin d’une vraie femme dans ta maison….. »

Merlin ne se fâcha pas. Il prit simplement sa grande besace, son bâton de routier et sa houppelande :
« Je dois aller chercher des herbes pour préparer le philtre d’amour demandé par le seigneur des Ormeaux. Je peux en avoir pour longtemps.»
Sans attendre la réponse, il partit à grandes enjambées et traversa au plus vite la forêt, puis le vallon après la colline, et remonta le vallon suivant….

A la sortie d’une grosse averse et sortant de l’abri d’un surplomb granitique, il aperçut un magnifique arc-en-ciel, d’une vivacité exceptionnelle, surtout dans ses teintes jaunes et violettes. Et d’une courbure très aplatie. Il lui vint à l’idée de se diriger vers son point de chute, qui comme chacun sait recule au fur et à mesure de la marche. Mais celui-ci ne bougeait pas, et il avait vraiment l’impression de s’en rapprocher.
Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques mètres, il s’arrêta pour s’extasier encore avant que le phénomène ne disparaisse. Puis il traversa les derniers fourrés et parvint dans une clairière.
Le pied de l’arc-en-ciel était bien là, éclairant d’une nimbe multicolore Mélusine assise sur l’herbe et caressant un faon.

« Mais que fais-tu là ? Et ta mère ? »
Leurs mêmes paroles échangées finirent dans un fou-rire aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Lorsqu’il revint chez lui, deux jours plus tard, Maman Merlin n’y était plus.
Un simple mot sur la table de la cuisine :
« Mon cher fils.
Je crois bien que ma place est plutôt auprès de ton père que dans ta maison.
Autant que je l’embête lui; il en a l’habitude, et moi aussi, plutôt que je viennes me mêler de ce qui ne me regarde pas dans tes affaires.
Après tout, ce qui compte pour moi, c’est que tu sois heureux. Quelle que soit finalement la manière dont tu t’y prends.
Mes amitiés à Mélusine.

Maman

Ps : Mais tout de même, tu devrais mettre des étiquettes sur tes petits pots. J’ai d’ailleurs commencé.

Re-Ps : Une recette que tu pourrais préparer pour elle.

Rôti mariné de Maman Merlin

1/2 kg de rôti de bœuf, (tranche ronde, tranche carrée ou épaule p.ex.)

Marinade
4 dl de vin rouge, 2 dl de vinaigre de vin rouge, 1 dl d'eau, 2 carottes coupées en deux, 1 petit céleri-rave coupé en quatre, 2 oignons garnis de laurier et de clou de girofle, 2 gousses d'ail écrasées, 6 baies de genévrier broyées, poivre du moulin


3 c. à soupe de beurre à rôtir, 1/2 c. à café de paprika, 2 c. à café de sel, 2 c. à soupe de farine, 1 c. à café de purée de tomates, les légumes de la marinade, 5 dl de marinade, 2 dl de beurre manié, 100 g de raisins secs, 1 morceau de pain bis.

Mélanger tous les ingrédients de la marinade, verser sur la viande, couvrir et laisser reposer 3 à 5 jours au frais. La viande doit être recouverte de marinade, sinon il faut la retourner chaque jour pour qu'elle reste immergée. Poser éventuellement une assiette dessus.

Préparation :
Retirer la viande de la marinade, éponger avec du papier absorbant. Passer la marinade, la verser dans une casserole, porter à ébullition et laisser refroidir avant de passer une nouvelle fois pour éliminer l'écume.
Assaisonner la viande avec le sel et le paprika, puis la faire revenir au beurre. Fariner et réduire le feu.
Ajouter la purée de tomate, puis les légumes de la marinade coupés en petits morceaux. Etuver 5 minutes. Mouiller avec le jus de marinade, couvrir et laisser cuire au four à 180 ° une demi-heure.
Ajouter le beurre manié, les raisins secs et le morceau de pain.
Poursuivre la cuisson à couvert pendant 1 h 30.
Laisser reposer le rôti une dizaine de minute à couvert avant de le couper en tranches.


Chronique 32 (1/4/2001)


Le soir n’en finissait pas de tomber doucement. Dans le ciel, d’un bleu encore très frais et pâle, des écharpes de nuages s’effilochaient en pastels de roses et d’oranges. Les oiseaux dans leurs arbres fleuris n’en finissaient pas de commenter cette magnifique journée de printemps. Dans la cuisine, les parfums étaient encore tenaces de cet exquis lapin aux abricots dont nous nous étions régalés, Mélusine et moi.
« Mon cher Merlin, mais d’où tiens-tu cette recette merveilleuse de finesse ? »

« Oh, c’est une longue histoire… »

Il y a bien longtemps, j’ai rencontré, vivant dans les ruines d’un château féodal, un curieux individu originaire d’Europe Orientale. Il prétendait être un descendant de l’ancien seigneur parti en croisades et qui s’était finalement établi dans son lointain pays. Il m’avait fort bien accueilli et invité à sa table, très rustique évidemment, déguster ce même plat. Lorsque je lui avais demandé l’origine de cette recette curieuse, il me l’avait racontée.

« Oh, c’est une bien longue histoire ….. »

Lorsque j’étais jeune, j’avais épousé dans mon pays une charmante et jolie jeune femme. Et nous vivions heureux, simplement mais heureux, avec le fils qu’elle m’avait donné. Malheureusement pour moi, durant la guerre tout notre village a péri, et je n’étais même pas là pour protéger ma femme et mon fils ; notre armée avait été envoyée sur un autre front. Une des seules choses que j’ai emporté, avec mes souvenirs de cette vie heureuse, c’est cette recette qu’elle tenait de sa tante, née en Angleterre d’un père Indien et d’une mère Slave. Lorsqu’elle lui avait demandé d’où elle tenait la recette, elle lui avait dit :

« Oh, ma petite, c’est une longue histoire ….. »

Mon père disait que c’est un vieil oncle du Pashmir qui l’a lui avait transmise, mais ma mère en souriant expliquait que, comme souvent, son cher mari mélangeait un peu les souvenirs. Et qu’en fait cette recette, c’est elle qui l’avait apportée au foyer, l’ayant reçue de son premier fiancé, un gentil cousin Géorgien. Qui malheureusement n’était jamais revenu d’un voyage fait au pays de ses ancêtres. Celui-ci lui aurait dit, la première fois où il l’avait régalée de ce plat exquis :

« Oh, c’est une très longue histoire de ma famille …… »

Ma grand-mère me racontait souvent que notre famille descendait d’un seigneur français venu là au temps des croisades. Ce qui a toujours fait des gorges chaudes dans notre village de montagne. Mais elle prétendait pourtant que cette recette venait de lui, notre ancêtre étranger dont aucun autre ancien du village ne voulait admettre l’existence, malgré la présence parmi ses vieilles affaires d’un ancien glaive aux formes inconnues chez nous.

« En tous les cas, même si nous ne connaissons pas l’origine de cette recette venue d’ailleurs, ou d’ici, il faut avouer qu’elle est délicieuse. Ce mélange fin de menthe et d’abricots ….. »
Une fois encore, je voyais dans les yeux de Mélusine des écharpes de nuages s’effilochant sur un ciel clair. Et un sourire délicieux ourler ses lèvres ….
Mais ceci est une autre histoire.

Lapin d’ailleurs, ou d’ici

1 beau lapin de 1,600 kg, 1 oignon haché, 12 abricots secs, sel et poivre, 2 cuillerées d’huile,

Pour la marinade : 1/2 litre de vin blanc sec, 2 cuillerées à soupe de vinaigre, 1 cuillerée à soupe de miel liquide, 3 on 4 feuilles de menthe fraîche, sel et poivre.

La veille, faites gonfler les abricots dans un bol d'eau tiède. Dans une terrine, laissez tremper la menthe dans 1 verre de vin blanc, le vinaigre et le miel. Salez légèrement et poivrez.

Le lendemain, coupez le lapin en morceaux.
Faites chauffer l'huile dans une sauteuse et faites dorer le lapin. Ajoutez l'oignon haché. Versez dessus la marinade à la menthe, les abricots égouttés et le reste de vin blanc. Mouillez avec un peu d’eau, de façon à recouvrir le lapin. Assaisonnez de sel et de poivre. Laissez cuire à couvert et à feu doux pendant 20 minutes.
Si la sauce vous paraît longue, faites-la réduire à feu vif quelques minutes (après avoir enlevé le lapin et les abricots).
Disposez le lapin sur un plat de service et nappez-le avec la sauce aux abricots.

Servir bien chaud et accompagnez de pâtes fraîches ou d'une purée de céleri, ou bien encore d’un cake au chou-fleur.


Chronique 33 (8/4/2001)

(Variation sur un thème classique…)

Quand j’ai ouvert les yeux, il faisait sombre dans la chambre.
Au loin des sirènes policières.
Le regard sur le réveil : 20h15.
J’étais encore embrumé de sommeil et de rêves : le soleil, les oiseaux, les prés verts.
Comme un coup de couteau profond, un souvenir me coupe le souffle : rendez-vous à 20h30 !
La peur, la sueur aux tempes…

Vite, la tête sous l’eau froide, se changer, se préparer. Ne plus penser. Vite.
Les sirènes se rapprochent. Je n’aurais pas dû m’endormir.
L’escalier quatre à quatre. Vite.
La voiture démarre bien, restons calme.
Ne pas prendre les avenues ; trop de feux rouges.
Première, seconde, troisième, seconde, par les petites rues.
Attention, pas d’accident. S’arrêter aux stops.
Zut des travaux ! On peut passer tout de même. Tant pis pour les roues.
Troisième, seconde, troisième. Un coup de première et ça relance.
La boîte de vitesse râle un peu, mais ça ira.
Ah ces gens qui lambinent ! Ligne droite, allez je double !
Presqu’arrivé. Tout de même un feu, mais il passe déjà au vert. J’en profite pour démarrer en trombe et doubler toute la file.
Nous y voilà, mais bien sûr pas de place pour se garer.
Vite, le tour du pâté de maison. Pas de places, il faut s’éloigner un peu.
Ah en voilà une, presqu’autorisée. Vite un bon créneau. Et maintenant au pas de course.
Haletant, mon paquet à la main, je vacillais.
Soudain la sonnerie de mon portable.
Tant pis, je laisse sonner. Il faut courir encore.
Reprendre son souffle. Regarder le message sur le portable : « N’avions-nous pas dit 20h30 ? »
Il est déjà 20h44. Courir encore.
Je reconnais le coin de la rue. Vite, un dernier effort.
Maintenant, ne plus courir. Reprendre son souffle et ne pas attirer l’attention.
Voilà la porte d’allée. Elle est ouverte, tant mieux.
Monter en respirant profondément. J’ai le cœur qui palpite.
Plus qu’un étage. La lumière s’éteint. Où est l’interrupteur ? Le voilà.
La porte, la sonnette. L’attente est interminable.
Enfin la porte s’ouvre…..

« Tu es en retard. Pourtant tu sais que j’aime la ponctualité… »
« Ma chère, la circulation est impossible dans cette ville, mais j’espère que ton séjour n’en a pas souffert. Enfin me voilà, et la bouteille de Champagne n’a pas eu le temps de perdre sa fraîcheur. Alors cette fameuse mousse de mangues aux bananes ? »
« Mon cher Merlin, tu vas pouvoir te rendre compte par toi-même. »

Elle était effectivement, et comme annoncée, délicieusement exquise, tout comme les yeux et le sourire de Mélusine.
Et cela vaut bien une petite cavalcade…

Crème mangue-banane

2 bananes, le jus d' l citron vert, 2 mangues bien mûres, 1 pointe de vanille en poudre, 1 cuillère à soupe de sucre roux, 100 g. de fromage blanc égoutté et 1 cuillère à soupe de crème fraîche(les Suisses pourront utiliser du Séré à la crème), 1 cuillère à café de cannelle en poudre.

Epluchez les bananes, taillez-les en petits morceaux. Epluchez et tranchez les mangues en deux, dénoyautez-les et coupez la chair en dés.
Faites macérer pendant 20 min les dés de mangue et de banane avec le jus de citron vert, le sucre roux et la vanille en poudre.
Versez les fruits avec le jus de macération dans le bol du mixeur. Réduisez-les en purée. Ajoutez le fromage blanc et la crème fraîche. Donnez encore un tour de mixeur afin d'obtenir un mélange homogène. Répartissez la crème de fruits dans quatre grands verres.
Mettez à rafraîchir pendant 1 h au réfrigérateur. Au moment du service, saupoudrez de cannelle.


Chronique 34 (16/4/2001)

Lorsque Maître Renard vint lui exposer ce soir-là un nouveau plan d’enfer, LoupGris prit son air méfiant.
« Maître renard, vous avez beau être expert en coups tordus et savant, j’ai comme l’impression que votre projet de ce soir est tout juste bon à me faire attraper une jolie bastonnade, plutôt que quelque jolie volaille.
Pourtant je suis bien d’accord avec vous, les volailles de la ferme Colin sont en tout point appétissantes. Mais inversons donc plutôt les rôles : c’est vous qui irez faire du bruit aux abords du poulailler, et c’est moi qui attendrait à l’orée du petit bosquet, là où les volailles vont s’enfuir.
Quant à vous, prenez garde aux coups de bâtons. »

Maître Renard, en fieffé filou, avait justement prévu ce retournement, et imaginé un second plan tout à fait secret et personnel. A peine la chafouin donné, il irait en toute discrétion choisir une belle volaille dodue à la ferme voisine, en abandonnant le loup à son triste sort.

Le soir du jour-dit, à l’heure convenue, Maître Renard à peine eut-il éveillé la basse-cour, se précipita à l’abri d’un profond bosquet, et de là s’enfuit dans la campagne.
Il souriait en entendant au loin les glapissements de douleur d’un loup affreusement battu à coups de gourdin.
Fier de son stratagème, il s’approchait tranquillement du poulailler de la ferme du Jeannot lorsqu’un coup de feu le fit tressaillir. Le second coup lui grilla le bout d’une oreille. Il s’empressa de se saisir d’une volaille éberluée et partit à toute allure à travers prés et bois.
A bout de souffle, il s’arrêta enfin dans une de ses cachettes.
Un nouveau coup de fusil lui grilla le bas du dos. Il repartit aussitôt sans se poser de questions.
Et ce fut ainsi une bonne partie de la nuit ; partout où il s’arrêtait, un coup de fusil le délogeait aussitôt.
Lorsqu’enfin il se trouva hors de portée, au fond d’un sombre terrier abandonné, loin, très loin, de ses terres habituelles, il eut le temps d’avoir une brève pensée pour le loup.
« Les paysans ce soir ont l’air particulièrement hargneux. Le pauvre ! Ce qu’il a dû prendre… »
Se tournant enfin vers sa proie, il eut une amère déconvenue : dans la précipitation, il ne s’était saisi que d’une pauvre vieille poule chétive et malade, dont même la peau sentait le vieux camphre. Et il ne disposait même pas de quoi faire un feu pour l’utiliser en bouillon.

Le loup, pendant ce temps ?

Il était depuis longtemps attablé chez Colin. Les histoires drôles fusaient, et le petit vin blanc gouleyait.
« Bon ! C’est pas tout ça, mais il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte. Et votre vin est si bon, qu’il faut tout de même s’en méfier…
Vous avez préparé ma commande, selon notre accord ? »
« Mais bien sûr, Messire LoupGris. Je vous ai choisi moi-même mes pigeons les plus dodus. Et comme convenu, c’est gratuit. Grâce à vous, et votre liste de ses cachettes, nous voilà enfin débarrassés pour un bon moment de ce voleur de renard. Voilà en plus aussi un petit tonneau de la part de Jeannot, mon voisin. »

Après moult remerciements et au-revoirs, LoupGris rentra enfin chez lui, tout joyeux et se coucha tôt. Il aurait besoin de tout son temps le lendemain matin pour préparer les pigeons k’dra, avant l’arrivée de la belle RedChap et de son sourire printanier.

Pigeons k’dra
6 pigeons, 250 g d'amandes mondées, 6 gros oignons, 1 bouquet de persil plat, 1 pincée de pistils de safran pilés avec un peu de sel, 1 cuil. à café de poivre blanc, 1 cuil. à café de poivre, 4 cuil. à soupe d'huile d'olive et 1 noix de beurre, 2 cuil. à soupe de jus de citron, sel.

Dans une marmite, mettre les pigeons vidés, lavés et bien égouttés, la moitié du safran, le poivre blanc et le poivre noir. Faire revenir à feu moyen, en retournant bien les pigeons puis ajouter 2 oignons râpés, les amandes mondées, 1 verre 1/2 d'eau et porter à ébullition. Ensuite, ajouter du sel, l'huile et le beurre, couvrir et laisser cuire à feu moyen.
Au cours de la cuisson, retourner les pigeons de temps en temps et surveiller la sauce. Si elle est trop courte, ajouter un peu d'eau. Dès que les pigeons sont bien cuits, les retirer et les réserver. Ajouter dans la marmite 4 oignons émincés, le persil haché, le reste du safran. Bien remuer, vérifier l'assaisonnement, couvrir et terminer la cuisson. Lorsque les oignons sont cuits et que la sauce est courte sans être onctueuse, ajouter les 2 cuil. à soupe de jus de citron et laisser mijoter encore 3 ou 4 min. Puis, avant de servir, remettre les pigeons à chauffer dans la sauce.
Disposer les pigeons dans un plat de service, les napper avec la sauce bien chaude et servir.