Chronique 18 (28-12-03)


Le sol était jonché de feuilles rouges, de feuilles orangées, de feuilles marron. Un véritable matelas de feuilles dans lequel mes pas s'enfonçaient. Aucune chance de trouver des champignons dans une forêt aussi dénudée, aussi sèche et appauvrie. Avant de m'en retourner vers une autre direction à la recherche de sous-bois plus propices, je décidai d'aller encore inspecter les alentours d'un grand chêne à quelque cent mètres de là.

Ayant contourné l'énorme chêne, je découvris un homme assis dans une grotte creusée à même le tronc de l'arbre. D'un geste il m'invita à prendre une tasse de thé chaud.
Assis à ses côtés je lui expliquais la déconvenue de ma cueillette. Avec un grand sourire, il se saisit d'un sac dans son dos et me le tendit : chanterelles, cèpes, pleurotes, une bien belle fricassée en perspective. Comme je le remerciais chaleureusement, il se leva toujours souriant et avec une énigmatique lueur dans les yeux il me dit doucement :
" N'oublie pas. Il doit toujours y avoir un gardien dans l'arbre de la vie. En cas d'alerte, brise cette vitre et actionne cette manette. En cas d'alerte seulement ! "

Un loup vint à passer. " Désolé, mais un loup ne peut être gardien de l'arbre. En solidarité je te laisse cette poularde. "
Le hibou, le renard et la belette me tinrent le même langage. Mon sac s'emplit de quelques légumes.
Chantonnant atrocement faux, une fillette tout de rouge vêtue me précisa qu'un enfant ne pouvait pas jouer ce rôle. Elle me laissa de la crème fraîche.
Puis un vieillard lui aussi de rouge vêtu m'indiqua avoir beaucoup trop d'autres tâches en ce moment. " Mais prends cette bouteille. Tu la boiras à ma santé. "

N'en pouvant plus je me vis contraint d'interpeller le Tout-Puissant. Il convint de la difficulté et accepta de me remplacer en cette journée de dimanche, se donnant ainsi le temps de trouver une solution.

Sans insister outre-mesure, je ramassais toutes mes affaires et rentrais m'occuper de la poularde. Il ne fallait plus perdre de temps, Mélusine est toujours très ponctuelle.

Poularde aux champignons des bois.
Maxi-cuisine n°20. Nov-Déc. 2003-11-16

Pour 6 personnes
1 poularde de 2 kg coupée en morceaux
1 oignon piqué d'1 clou de girofle, 1 carotte, 1 bouquet garni,
2 c. à soupe de fond de volaille déshydraté,
50 cl de Riesling,
100 g de beurre, 30 cl de crème fraîche,
2 jaunes d'œufs, 250 g de petits champignons de Paris,
400 g de champignons des bois,
2 échalotes, sel, poivre.

Faire cuire les cuisses de poularde pendant 10 min dans 2,5 l d'eau bouillante, avec le fond de volaille, la carotte pelée, l'oignon, le bouquet garni. Retirer les cuisses et ajouter les autres morceaux. Pocher 5 min.

Egoutter les autres morceaux de poularde et les faire revenir avec 50 g de beurre chaud. Ajouter le vin bouillant puis mouiller du bouillon de cuisson à hauteur. Laisser mijoter 40 min.

Faire suer sur feu vif pendant 5 min les champignons nettoyés et coupés en lamelles dans une sauteuse avec le reste du beurre. Ajouter les échalotes hachées et faire revenir doucement 5 min.
Réserver les morceaux de poularde et faire réduire le bouillon filtré. Fouetter les jaunes d'œufs avec la crème. Les délayer avec un peu de sauce. Verser dans le bouillon et laisser épaissir sans faire bouillir. Saler et poivrer. Ajouter les champignons.

Disposer les morceaux de poularde dans un plat. Napper de sauce et servir accompagné de riz sauvage ou de pâtes fraîches.

Note du 21-12-03
Faire attention à réserver les morceaux de poularde sans les refroidir ni les sécher !