Chronique 9 (21-10-2001)


Bel émoi parmi les populations, l'autre jour, lorsqu'un drakkar accosta près de nos rivages. Mais après de longs pourparlers, il s'avéra que ce n'étaient que quelques messagers qui m'apportaient un courrier de mon vieil ami, le roi Sverre de Norvège.
Celui-ci me priait de venir incessamment l'aider à résoudre un épineux problème, et je n'avais d'ailleurs qu'à utiliser le drakkar de ses messagers.

Après tout, un petit voyage étant toujours agréable, je m'organisais pour m'absenter quelques temps, et me voilà rendu au pays d'Odin.
Après les salutations et présents d'usage, ce vieux Sverre m'expliqua la situation : un troll sévissait dans la région voisine, la vallée d'Ostendal, enlevant chaque semaine une jeune femme et pillant les environs ; en tant que souverain, il se devait de prendre les mesures nécessaires.

Ah ! les trolls ! Ces espèces de géants, dotés d'une force extraordinaire, mais d'une méchanceté et d'une cruauté incroyable. Heureusement, aussi bêtes que forts, et aussi crédules que méchants.

Lorsque le roi Sverre m'annonça que, selon la tradition, si je parvenais à le défaire de ce monstre, je recevrais en récompense la main de sa troisième fille, et la moitié de son royaume, il m'apparut que le jeune Askeladden, le page, faisait grise mine, et que Birgit, la fille en question, ne paraissait pas, elle non plus, très réjouie de la promesse de son père.
Je demandais donc à Sverre de me faire accompagner par quelqu'un de la région, le jeune Askeladden par exemple, dont je fis immédiatement l'éloge de la prestance et du courage de sa jeunesse.

Nous mettant en route, je fis comprendre à mon jeune compagnon que je n'étais pas le 'Chevalier Rouge', mais plutôt un 'husvetter', genre de génie de la famille. Il reprit alors vives couleurs et yeux pétillants, et nous devisâmes plus aisément durant le long voyage.

Parvenus dans la vallée d'Ostendal, nous aperçûmes au sommet d'un mont la silhouette de notre troll. Nous étant suffisamment approchés pour étudier la situation, je lui expliquais mon plan. Il se mit à rire et nous décidâmes de nous approcher encore du monstre. Celui-ci nous vit approcher et se saisit d'un énorme rocher afin de nous écraser, selon ses habitudes, lorsque nous serions à distance suffisante. C'est alors qu'Askeladden prit son arc, prépara la flèche que j'avais enduite d'un mélange de ma composition et tira sans presque viser.
La flèche se dirigea exactement là où il fallait, et coupa d'un seul coup la ceinture de notre troll. Son pantalon tombant, celui-ci le retint de ses deux mains, oubliant l'énorme roc qu'il portait au-dessus de sa tête. Il fut immédiatement écrasé par sous le rocher. Sans doute, ce rocher prendra un nom évocateur dans le futur, comme 'pantalmannen' !

De retour à la cour de Sverre, je fis le récit de notre aventure, mettant en avant le courage et la hardiesse du jeune Askeladden qui, seul, méritait la récompense. Le roi me fit un clin d'œil et tout souriant joignit les mains de sa fille et du jeune homme.
Là-bas comme partout, les fiançailles se terminant toujours par un repas, je fus convié à prendre place à la droite du roi Sverre. Par exception, et vieille connivences, celui-ci me permit auparavant de faire un tour aux cuisines.
J'y expliquai à un agréable chef de cuisine que ma santé me privait de déguster leurs excellents plats de harengs et d'oignons sucrés, mais que je me proposais de lui montrer comment préparer un plat très différent, dégusté avec plaisir par les rois d'un autre pays très lointain.
Après m'être procuré par quelques invocations mystérieuses les ingrédients nécessaires, nous fîmes donc ensemble un 'Murgh Roghni', recette indienne de poulet sauté aux amandes.
J'appris plus tard que ce chef de cuisine avait ouvert une auberge au nom exotique " Aux délices de Delhi ".

Sauté de poulet aux amandes (Murgh Roghni)

Viande :

700 g de blanc de poulet découpé en dés, 30 cl de yaourt, 1/2 cuil. à café de coriandre, 1/2 cuil. à café de cumin, 1 pincée de cardamome, 1/2 cuil. à café de gingembre, 1 bonne pincée de piment chili, 1 pincée de cannelle, 2 clous de girofle pilés, 3 oignons émincés, 4 gousses d'ail hachées, 150 g de ghi ou d'huile, 60 g d'amandes effilées légèrement grillées, 3 cuil. à soupe de jus de citron, 1 cuil. à soupe de coriandre fraîche hachée, sel, poivre.

Riz : 250 g de riz long mis à tremper 2 heures, 3 clous de girofle, 2 feuilles de laurier, 1 bâton de cannelle, 1/2 cuil. à café de graines de cardamome, 1/2 cuil. à café de curcuma, sel.

Mettre les dés de poulet à mariner 2 heures dans le yaourt mélangé au jus de citron et aux épices moulues (coriandre, cumin, cardamome, gingembre, piment, cannelle et girofle) dans une cocotte en terre allant au four.
Pendant ce temps, faire revenir les oignons et l'ail dans le ghi 10 minutes, puis les verser sur le poulet.
Mettre le riz à cuire dans de l'eau bouillante salée additionnée des clous de girofle, des feuilles de laurier, du bâton de cannelle, des graines de cardamome et du curcuma, 20 minutes seulement et verser le riz égoutté sur le poulet.
Mettre à four moyen, à 180°C (th. 6), et laisser mijoter ensemble 10 minutes.
Servir saupoudré d'amandes et de coriandre fraîche.