Chronique 11 (04-11-2001)


Ce soir-là je n'étais pas à prendre avec des pincettes.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les rendez-vous annulés au dernier moment, cela me met de très mauvaise humeur, même si les motifs en sont évidemment et malencontreusement impérieux.
Et ceci d'autant plus lorsque mitonne un petit cassoton sur le feu.

Or donc, Mélusine s'étant décommandée, je décidais de laisser mitonner à petit feu et de profiter de la pleine lune pour aller pendant ce temps ramasser quelques herbes des bois. Une promenade nocturne dans les bois, cela ne pourrait que me calmer.
La nuit, bien que fraîche, était superbe, et la lueur de la lune donnait aux sous-bois et clairières des dimensions inhabituelles. Le presque silence permettait d'entendre les bruits sourds des arbres, les murmures des herbes, la respiration de la terre.
Ma récolte faite, je restais simplement là, à écouter et regarder, lorsque j'entendis un nouveau bruit, plus présent, plus vivant, comme un appel hululant. M'approchant discrètement j'aperçus une forme blanche, dans un halo brillant sous la lune.
" Alors ! On joue les mauvais plaisants ! " m'écriai-je.
La forme blanche sursauta et se retourna :
" Vous m'avez fait peur ! Je ne m'attendais pas à rencontrer quelqu'un ici."
A sa façon de franchir les buissons épineux, pour venir à ma rencontre, comme en planant, je compris qu'il ne s'agissait pas d'un déguisement.
J'étais interloqué, mais plus moyen de me défiler.
" Mais pourquoi cherchez-vous à faire peur ? En tout cas, pour ma part, c'est complètement raté. " lui dis-je en déglutissant avec peine.
" Monsieur Merlin, je m'appelle Marcelle. Je ne cherchais à faire peur à quiconque. Comment faites-vous lorsque, vous promenant avec un compère, vous vous retrouvez égarés l'un de l'autre ? "
" Et bien j'appelle. "
" Comment ? "
" Je fais 'hou-hou'….. "
" Moi aussi. J'étais avec mon ami Georges et nous nous promenions dans le bois pendant que le jour n'y est pas, et ayant pris deux chemins différents, nous nous sommes perdus de vue. "

Nous discutâmes finalement un bon moment, le charmant fantôme Marcelle et moi, lorsque je me souvins de mon cassoton. N'ayant rien d'autre à faire, Marcelle m'accompagna, repoussant à plus tard la recherche de son ami Georges.
Lorsqu'elle huma avec émoi les odeurs de ma cuisine, je lui proposai de partager mon repas.
" En principe nous ne mangeons plus, mais …. Il faut savoir faire des exceptions. "
Nous nous retrouvâmes prestement à table, et je nous servis deux belles assiettes de blanquette de veau aux cèpes. Mais ce qui devait arriver, arriva : Marcelle ayant perdu l'habitude de manger se retrouva avec de belles tâches sur son suaire blanc.
Face à sa mine désolée, je lui proposai avec délicatesse de laver son suaire.
" Passez dans la salle de bain pour enfiler une robe de chambre. Le temps de lancer le lavage et nous pourrons terminer notre repas. "

Ce n'est qu'au petit jour que Marcelle repartit avec son suaire enfin sec et repassé de frais.

Lorsque Mélusine revint le lendemain soir, elle fit une curieuse découverte sous un coussin du canapé.
" Tu utilises des mouchoirs de fine dentelle, maintenant ? "
" Je vais te raconter, mais je ne suis pas certain que tu me crois. "
" Raconte toujours au moins. Tu sais bien que j'aime beaucoup tes histoires. "

Blanquette de Veau Sous la Mère aux cèpes du Périgord
Recette prise sur le site du Comité Interprofessionnel 'Le veau sous la Mère'
http://www.veau-sous-la-mere.asso.fr/

Pour 8 personnes :

2 kg de veau sous la mère (tendron ou épaule) coupé en morceaux réguliers, 120 g d'huile et de graisse de canard ou d'oie, 50 g de beurre, 1 pot de crème fraîche épaisse, 1 bouquet de persil, 4 cuillerées à soupe rases de farine, 300 g de cèpes, ail, poivre et gros sel, 24 petits oignons blancs, Bouquet garni : persil, thym et laurier

Préparation de la viande :
Faire revenir les morceaux de viande dans une cocotte avec la matière grasse, les remuer jusqu'à obtention d'une belle couleur dorée. Ajouter de la farine, bien mélanger et mouiller avec le fond de veau. Ajouter le bouquet garni et laisser cuire à feu doux 1 heure 30.

Préparation des cèpes et des petits oignons blancs :
Faire revenir les cèpes coupés en lamelles avec la persillade et l'ail, faire mijoter 15 minutes et ajouter la crème fraîche pour lier la sauce. Bien faire dorer les petits oignons blancs dans le beurre 10 minutes. Dans un grand plat maintenu au chaud, dresser la viande avec la sauce, ajouter la garniture de cèpes et les petits oignons. Ce plat peut s'accompagner de carottes et pommes de terre tournées ainsi que de riz qu'il faut tenir toujours au chaud dans une cassolette.