Chronique 20 (06-01-2002)


J'avais fini par m'asseoir, subjugué par la beauté calme et envoûtante des eaux de ce lac s'enfonçant doucement dans la nuit. La brume légère et mouvante, les rayons de lune en doux drapés dansants, les vaguelettes en lente respiration.
La surface des eaux semblaient sans limite et rejoignait le ciel. Les étoiles, lointaines embarcations, voguaient sur les airs et les eaux entremêlées. Une seule immensité, pâle et voilée, dansante et changeante.

L'une de ces étoiles grossissait démesurément et s'approchait de la rive. Je finis par distinguer, dans un immense halo blanc, un vaisseau tiré par huit cygnes blancs. De la musique douce de violons et violoncelles, si douce que c'était un murmure effleurant leurs cordes, m'invitait dans une vague de félicité sereine.

Qui était cette femme souriante m'accueillant à bord, entourée d'elfes et de sylphes ?
Et quel était ce vin qu'elle m'offrit ? Un nez de miel et de vanille ; des goûts de poire, de pêche et d'abricot; gras en bouche et liquoreux longuement, avec une légère acidité ?

" Vous êtes mon hôte, Merlin, gourmand et amoureux de ce lac. Mais en attendant que le repas soit prêt, racontez-moi une histoire. "

Pris au dépourvu, et trouvant sans doute dans ce vin magique une mémoire auparavant inconnue, je lui racontais une Chronique.
" Un coq au loin s'époumonait, fier et glorieux …… "

" Encore une, je vous en prie. Nous avons le temps, car c'est un plat de cuisson douce."

A force de raconter des chroniques et des chroniques (c'était magique cette mémoire soudaine) et de me désaltérer, je commençais à être un peu inquiet : les Mille et une Nuits peuvent se terminer de manière tragique !
C'est alors qu'un elfe vint annoncer une nouvelle visite.

" Entre donc, ma chère Mélusine, et assieds-toi près de nous. "
" Bonsoir, ma chère Tantine. Comment vas-tu ? "
" Excellemment ! Et tu avais raison : elles sont merveilleusement jolies, les histoires de ton Merlin. "

Nous finîmes tout de même par passer à table. Et j'étais rassuré, au bras de Mélusine rieuse et face à la Tantine amusée et ravie. Nous dégustâmes ce plat, si longuement attendu car cuit à chaleur douce, mais d'un moelleux merveilleux et aux parfums aussi magiques que ce vaisseau du lac.


Filet de bœuf " basse température " sauce au vin jaune.
(recettes d'après les préceptes de Annemarie Wildeisen, Cuisson douce à basse température)

Faire préchauffer le four à 80 ° C, y compris le plat de cuisson.
Dans une poêle, faire revenir au beurre, durant 5 minutes, sur toutes ses faces, le filet de bœuf.
Mettre le filet dans le plat et enfourner pour 1h30.

Dans la poêle faire délicatement suer deux échalotes émincées.
Déglacer au vin jaune (20 cl.) et laisser réduire.

Juste avant de servir, réchauffer la réduction et la crémer avec deux grosses cuillères à soupe de crème épaisse. Assaisonner.
Servir dans des assiettes très chaudes.

Accompagné ce jour magique par des crosnes au yaourt et gingembre.