Chronique 43 (16-06-2002)


" Dis-moi, Merlin, les petits bateaux … "
" Et non, ma chère Mélusine, les petits bateaux qui vont sur l'eau n'ont pas de jambes ! "

J'évitais de justesse une fraise qui s'écrasa contre la cuisinière, et nous partîmes d'un joyeux éclat de rire. Avant de discuter plus sérieusement des bateaux perdus en mer et surtout des marins disparus dans les ports.

" Franchement, ce marin, s'il n'a pas donné signe de vie, après avoir changé au moins trois fois de bateau, c'est peut-être qu'il n'a pas envie de revenir ? "
" Mais il pourrait tout de même donner des nouvelles à sa mère ! "
" Mélusine ! Tu oublies que le téléphone n'existe pas encore !!! "

C'est ainsi que je dus faire un petit périple à la poursuite de ce garnement d'à peine trente ans, parti voguer au-delà des mers en oubliant sa pauvre vieille mère.
De port en port je suivis sa trace. Il avait traversé tous les océans, changeant de navire à chaque destination. Travailleur et bon compagnon, il n'avait jamais de mal à trouver une place.
Enfin je le rattrapais du côté de Calcutta.
Sans beaucoup de mal d'ailleurs, puisqu'il s'y était établi marin-pêcheur, auprès d'une jeune femme Bengali. Charmante et agréable de surcroît. Et des yeux noirs ….

" Et en plus, elle cuisine divinement ! J'ai goûté un cabillaud en sauce au yaourt merveilleux de finesses. "
" Puisqu'il est d'accord pour recevoir sa mère, j'avais pensé que tu pourrais l'emmener, la mère Sénéchal. Mais finalement, je vais le faire moi-même ! J'aurais ainsi l'occasion de le goûter aussi, ce poisson ! "

A son retour, Mélusine acquiesçait :
" Ah ça tu avais raison. Ce cabillaud …. Et la petite est vraiment charmante. Elle a tout de suite proposé à la mère de rester avec eux. Elle aurait la meilleure chambre et serait traitée avec tous les égards qui lui sont dus. Mais la vieille a préféré rentrer : que les jeunes restent entre eux. Pourvu qu'elle puisse retourner les voir de temps en temps. Surtout lorsqu'ils auront des enfants. Et je le lui ai promis. "
" Mais si tu veux, parfois je pourrais faire le voyage à ta place. Si tu es fatiguée par exemple. Cette recette est tellement bonne !"
" Tu vois comme je suis gentille : je te l'ai rapportée la recette. Comme cela, tu n'auras pas besoin de retourner là-bas pour en manger. "

Poisson au yaourt épicé
(doi machh)

pour 4 personnes
préparation : 15 minutes
repos : 1 heure
cuisson : 15 minutes

500 g de pavé de cabillaud, détaillé en darnes,
2 oignons hachés, 1 bâtonnet de cannelle,
1 cuil. à soupe de raisins secs, 1/2 cuil. à café de curcuma,
4 cuil. à soupe d'huile de moutarde, 1 cuil. à café de sel

pour la sauce au yaourt
1 pot de yaourt, 1 noix de gingembre, 2 piments verts frais.

Frottez les morceaux de poisson de sel et de curcuma, puis réservez-les au frais pendant 1 heure.
Confectionnez une sauce en mixant le yaourt, le gingembre et les piments.
Faites dorer le poisson dans une sauteuse, dans l'huile de moutarde très chaude, pendant 1 minute sur chaque face. Retirez les darnes de la sauteuse en les égouttant.
Hachez les oignons et faites-les revenir pendant 2 à 3 minutes dans l'huile de cuisson du poisson avec le bâtonnet de cannelle. Ajoutez alors la sauce au yaourt et mélangez bien avant d'ajouter le poisson et les raisins secs, puis laissez cuire à feu très doux pendant 10 minutes environ.