Chronique 2 (8-9-2002)


L'angélus venait de sonner au clocher du village, au fond de la vallée, parmi les premières brumes du soir, lorsque Mélusine arriva avec son sourire radieux et ses yeux pleins d'étincelles.
Nous ne tardâmes pas à nous retrouver assis sur la terrasse, à profiter des derniers rayons de soleil, un verre de vin blanc à la main. Tout en échangeant les dernières nouvelles.

" L'autre jour, j'ai vu des amis revenant du village de Compostelle, en Hispanie. " me dit-elle.
" Ils y ont rencontré un curieux personnage. Arrivé un jour en barque, on ne sait pas vraiment d'où, il a convaincu les pêcheurs de ramasser une sorte de coquille, dont les eaux de la région s'étaient mises à pulluler, en les assurant que non seulement elle était comestible, mais aussi qu'elle pouvait se vendre à prix intéressant. "
" Il est arrivé en barque, dis-tu ? "
" Se prétendant même originaire d'Orient. Tu t'imagines ! "

Bien sûr, je m'imaginais bien que mon ami Jacques (ce ne pouvait qu'être lui) ne pouvait pas expliquer tous les détails de son périple.

Nous nous étions rencontrés sur les rives de Palestine et avions sympathisés. Comme je le voyais désolé face aux difficultés de certaines populations à se nourrir, je lui avais expliqué comment multiplier les poissons pris dans un filet, et obtenir ainsi sans difficulté une pêche merveilleuse, capable de nourrir beaucoup de personnes.
En le mettant en garde contre la fréquente répétition de ce genre de pratique.
J'appris plus tard qu'il n'avait pas réussi à tenir compte de ma mise garde. Donner à manger à des personnes affamées lui fut une tentation trop grande.
Il s'attira ainsi la colère des pêcheurs qui ne parvenaient plus à écouler le fruit de leur travail, ainsi que des commerçants dont les échoppes restaient vides.
Si bien qu'un jour, une troupe de ces gens en colère se saisirent de lui et, l'entraînant sur la grève, l'attachèrent sur un frêle esquif qu'ils traînèrent vers la haute mer.
Lui déliant ses entraves, ils le prièrent d'aller se faire crucifier ailleurs.
" Et si tu as faim, mange du poisson ! " ricanèrent-ils.

Visiblement, il s'était non seulement bien sorti de cette mésaventure, mais en avait tiré expérience dans l'utilisation délicate de la multiplication des choses.

C'est en pensant à lui, que nous avons choisi de nous préparer quelques filets de poisson aux raisins, recette commune aux diverses rives de la Méditerranée. Comme un clin d'œil au voyageur ayant quitté la mer natale pour un autre océan.

Filets de poisson aux raisins

Pour 6 à 8 personnes

Ingrédients
2 kg de filets de poisson (lotte, turbot, églefin ... )
250 g de raisin blanc
200 g de raisin noir (muscat)
25 g de raisins secs
1,5 cuil. à soupe de miel
1/2 cuil. à café de poivre blanc
25 g de gingembre frais
1 pincée de pistils de safran pilés
Quelques grains de fenouil ou d'aneth
1 cuil. de jus de citron
20 cl de vinaigre de vin
3 cuil. à Soupe d'huile d'olive
Sel et poivre


Saler et poivrer les filets de poisson et les faire revenir dans une marmite avec de l'huile chaude, 2 min de chaque côté. Les retirer et les garder au chaud.

Verser le vinaigre dans la marmite, ajouter le gingembre pelé et finement émincé, le safran, le poivre blanc, le miel et un soupçon de sel.

Porter à ébullition puis, après quelques secondes, ajouter les grains de raisin. Remuer et laisser cuire à feu doux 5 ou 6 min. Ajouter ensuite les grains de fenouil et le jus de citron, laisser bouillir en remuant, puis ajouter soigneusement les filets de poisson, couvrir et laisser mijoter 3 ou 4 min.

Servir chaud.