Chronique 17 (22-12-02)


Lorsqu'il reprit la route, Jules le facteur ne semblait pas très assuré de son équilibre. Visiblement, je n'avais pas été le premier à lui offrir un grog chaud pour le réconforter. Le temps gris, la pluie froide et cinglante, le vent en rafales ; c'était pitié de le voir dans les intempéries en restant dans mon havre douillet.
Une fois péniblement hissé sur sa charrette, il n'eut plus qu'à laisser la bride au vieux cheval gris. Depuis le temps, celui-ci connaissait parfaitement la tournée lui permettant de regagner son écurie.

Et donc ce jour-là, ce brave Jules m'avait apporté un paquet. Le papier d'emballage arraché et le carton ouvert, parmi quelques chiffonnages de journaux je découvris une boite en fer. A l'intérieur, entourée de papiers fins de couleurs, une petite boîte contenait une enveloppe. Enfin j'allais savoir !
Ce n'était qu'une simple photo d'un joli pâté en croûte. Sans aucune indication au dos.
Après réflexion, je finis par penser à une délicate suggestion de Mélusine. Ne restait plus qu'à trouver la recette de ce mystérieux pâté pour satisfaire ma belle.

Dans les faubourgs de la ville, je consultais Irma.
" Je ne suis que voyante. Lire le passé, prédire l'avenir, ça je sais faire. Mais deviner une recette ainsi, je ne peux pas. Tout de même, cela pourrait être une pâte feuilletée, non ? "
En Grèce, les augures de Delphes ne purent, malgré toutes leurs fumeroles, que me conseiller de remplacer la décoration d'étoiles par des feuilles de laurier, plus belles et symboliques.
Lorsqu'un moine Tibétain, après s'être concentré, monta en lévitation, je crus un instant avoir la solution.
" Cela doit être bon, ça me fait planer. "
Dans la bibliothèque Vaticane, un vieux bouquiniste me trouva dans un grimoire Celte une formule permettant de recréer l'original à partir d'une copie. Las, je n'obtins qu'une autre photo identique.
D'illustres cuisiniers anciens, consultés grâce aux tables tournantes, me donnèrent le tournis avec d'innombrables recettes, toutes paraissant succulentes, mais à défaut de voir la photo, ils ne pouvaient en saisir l'esprit.

Abandonnant ma quête, je consultais quelques ouvrages de cuisine à la recherche d'un plat de substitution. M'arrêtant sur une recette de suprêmes de canard, je lus avec surprise qu'il fallait garnir des abaisses de pâte avec les filets.
J'eus bien vite fait de trouver tous les ingrédients et me lancer dans l'expérimentation.
Quelques heures plus tard, fatigué mais satisfait, je regardais le résultat de mon labeur. Et l'idée me vint.
La photo prise, je la rangeais dans une enveloppe. L'enveloppe, dans une petite boîte. Puis, entourée de papiers fins de couleur, la boite dans une boite en fer. Celle-ci emballée dans un carton, avec de vieux journaux froissés. Enfin du papier d'emballage pour recouvrir le tout.
Ne restait plus qu'à savoir à qui envoyer ce paquet.


Suprêmes de canard Honolulu
(recette adaptée d'après Raymond Oliver, Ma cuisine)
Pour 2 personnes
1 filet de canard, 150 g de chair de cuisse de canard hachée fin, 2 cuillerées à soupe de crème fraîche, 1 cuillerée à soupe de porto, 250 g de pâte feuilletée, 1 jaune d'œuf, 1 saucière de sauce Périgueux, huile, beurre, sel, poivre.

Découpez le filet en 2 fines escalopes.
Assaisonnez la chair hachée et ajoutez petit à petit la crème en mélangeant bien avec une cuiller en bois, puis un peu de porto.
Collez ensemble 2 petites escalopes en mettant entre les deux la farce. Faites rissoler à l'huile et au beurre dans une sauteuse et dès coloration, retirez et laissez refroidir.

Etalez sur la planche à l'aide du rouleau 1 abaisse rondes de pâte feuilletée de 4 mm. Garnissez avec le suprême de canard, repliez en chausson, mouillez les bords de la pâte et ourlez-les de façon à bien refermer le chausson. Décorez avec un motif de pâte à l'emporte-pièce. Passez au jaune d'œuf.
Faites cuire à four vif (240°, th. 8) pendant 20 minutes environ. Finir la coloration au grill, si nécessaire.
Dès que les chaussons sont bien dorés, disposez-les sur une serviette pliée, posée sur un plat chaud. Servez bien chaud, accompagnez de sauce Périgueux.