Chronique 4 (18-09-2001)


Malade ! Complètement malade, j'ai dû me résoudre, moi Merlin, à faire venir un jeune condisciple! Et celui-ci, avec une certaine délectation jalouse, invoquant des 'abus' et autres billevesées, m'imposa une diète absolue d'au moins un mois.
" Et ne plaisantez pas, Merlin !
Vous savez aussi bien que moi que votre vie est en jeu . D'ailleurs je préviens immédiatement Madame Mélusine."

La diète . Merlin à la diète la plus absolue : bouillon clair et ersatz de pain, eau de fontaine et une petite pomme. Au bout d'une semaine, évidemment, las de la vie et avachi toute la journée au fond de mon lit, je dépérissais à vue d'oil. Je réussis, dans un sursaut de vitalité, à me reprendre en main et contactais tout de même quelques amis. Tous promirent de venir à mon chevet.

Le jour dit, la maison respirait enfin à nouveau de volutes savoureuses et gourmandes. Chacun prenait à son tour la place aux fourneaux pour mettre une dernière main à ses rouleaux d'aubergines, ses huîtres chaudes, son gratin de ravioles, ses magrets au sirop d'épices, son salmis de pintade, sa poularde au vin jaune, ses rognons, tandis que sur la table les entrées froides, terrines et autres petits pâtés passaient de mains en mains. Un foisonnement de desserts attendant entassés sur une grande desserte. Un brouhaha joyeux vivait à nouveau dans ma cuisine, ponctué souvent par le bruit des bouchons.

Alors que la fête gourmande battait son plein, ayant fait renaître mon sourire et mon goût de la vie, qui vit-on arriver ?
Bien sûr le jeune médecin rouge de rage, qui me trouva au fond de mon lit.
" Mais enfin, Merlin ! Vous êtes devenus fou ? Que vous ayez décidé de mettre fin à votre vie avec de telles agapes, c'est votre droit, mais j' exige que vous me signiez une décharge. Je ne veux pas être tenu pour responsable."
" Ne vous énervez pas, jeune homme. Vous m'avez interdit de manger, pour ainsi dire, et j'accepte avec philosophie votre ordonnance d'affameur. D' ailleurs voyez mon assiette, et constatez que je m'y plie. Mais cela ne signifie pas que je ne peux pas profiter des fumets et merveilleuses senteurs de la cuisine. Ni non plus que mes amis doivent suivre le même régime. "

Il vit alors, sur la petite table à mon chevet, une assiette de potage de légumes et un verre d'eau.
" Allez donc voir mes amis, dans la cuisine, et dégustez avec eux un de ces plats aux parfums fabuleux. Sans oublier de boire un verre à ma santé, si comme je l'espère vous n'êtes pas vous aussi à la diète. "

J'omis bien sûr de lui préciser la composition de ce délicieux potage aux navets, ni de lui parler de ce verre caché sous mon lit contenant de cette Petite Arvine du Valais dénommée 'Sous l'Escalier'.

Ps : Récit presque autobiographique (AAB du 15-16 Sept), et d'un vieux souvenir d'une lecture d'un texte de Marcel Rouff (sans certitude).

Potage de navets au curry (Lindsay Bareham)

1 kg navets, 1 oignon espagnol, 4 gousses d'ail, 50 g de beurre, 2 càs de curry en poudre (plus si affinité...), sel et poivre, 900 ml de bouillon de poulet, jus d'1/2 citron, Tabasco selon goût, 200 g de yaourt grec, noix de muscade, 70 g de fines tranches de pancetta ou de bacon, 1 càs de persil ou ciboulette finement ciselé.

Peler et enlever la partie centrale assez dure des navets. Peler l'oignon et le hacher grossièrement. Peler l'ail et l'émincer.
Fondre le beurre dans une sauteuse en fonte et faire suer l'oignon et l'ail.

Couvrir et au bout de 5 mn ajouter les navets. Mélanger, couvrir et laisser cuire 10 mn en faisant attention de ne pas laisser brûler.
Ajouter la poudre de curry, bien mélanger et ajouter le bouillon. Faire cuire environ 30 mn à petite ébullition. Passer au mixeur : ce potage doit être très fin. Rectifier l'assaisonnement. Ajouter du tabasco et le jus du demi-citron. Réchauffer et ajouter 150 g de yaourt grec.

Pendant ce temps, vous aurez fait frire la pancetta à la poêle.
L'égoutter sur un papier absorbant. Emietter la pancetta entre vos doigts.

Servir le potage avec un peu de yaourt, saupoudrer de pancetta, de persil et de noix de muscade.

Superbe recette relevée dans un journal anglais en revenant de Brighton(UK).
Traduction François Leloup