Chronique 40 (1-06-03)


Au-delà des barreaux de fer de la fenêtre, le soleil commençait à descendre vers l'horizon des forêts bleutées. La journée à l'extérieur avait dû être magnifique sous les premières chaleurs estivales dont j'avais pu respirer quelques parfums. Mais les murs du cachot étaient encore frais et sentaient le renfermé.

Aucun évènement encore depuis mon enfermement, mais j'attendais sans réelle impatience l'irrémédiable intervention d'une fée, d'un elfe ou d'un sorcier.
Ou tout simplement mon réveil ?
Une condamnation à mort, pour un plat de rognons…. On aurait bien tout vu, d'autant plus qu'ils étaient succulents, ces rognons dorés au miel. Mais comment savoir par avance que la Reine n'appréciait pas le gingembre mêlé au vinaigre ?
Et cette charmante Reine s'exclamant : " Qu'on en finisse. La sentence tout de suite, et puis si certains veulent continuer à discuter qu'ils le fassent, mais ce sera sans moi. J'ai bien d'autres choses à faire. "

C'est donc sans aucune surprise que je constatais qu'une volte de vent soudaine déposait à mes pieds une plume de colombe. Me baissant pour la ramasser, je constatais qu'à cet endroit le dallage de la cellule était légèrement différent, comme incurvé dans les coins. Laissant jouer mes doigts délicatement sur la dalle, je réussissais à faire jouer un déclic et une cachette s'ouvrit. Dans le coffre prestement ouvert, sur un velours noir, une trompette dorée. Je soufflai de toutes mes forces et j'attendis.

Les murs de la prison ne bougèrent pas. Les toits ne se soulevèrent pas et rien ne vint par la fenêtre non plus.

Après un quart d'heure de soufflerie forcenée, enfin la porte du cachot s'ouvrit. Mais ce n'était que le gardien furieux qui m'arracha des mains l'instrument en me traitant de tous les noms.

La nuit fut longue et je fus surpris de constater au petit jour qu'aucune intervention merveilleuse ne s'était produite. On vint bientôt me chercher. On m'emmena après m'avoir lié les mains. On me poussa sur l'estrade, aux pieds du bourreau encagoulé.
" Côté cour ou côté cuisine ? " me demanda-t-il, fort courtoisement.
Je préférais tourner mes regards côté cuisine.
En cette année de grâce 1110, je fus exécuté pour quelques rognons. Délicieux pourtant.
Rognons de veau dorés au miel
Recette trouvée sur Frc en l'an 2000

Ingrédients :
2 rognons de veau
3 échalotes, 50 g beurre, 5 cl vinaigre de cidre
2 c. soupe miel d'acacia, 3 cl madère et vin blanc, sel, poivre, cerfeuil, gingembre

Parer les rognons : enlever le nerf, le gras. Les tailler en lanières.
Dans une poêle bien chaude, saisir des 2 côtés les rognons avec des échalotes hachées dans du beurre et de l'huile.
Assaisonner. Ajouter le gingembre puis le miel.
Relever au vinaigre de cidre. Ajouter du vin blanc et finir par un trait de madère.
Baisser le feu.
Y incorporer des petites noisettes de beurre froid.

Réserver les rognons dans une assiette. Réduire la sauce sur feu vif, puis la passer au chinois.