Préface

"Déjà, quand j'étais petit, j'aimais bien le blanc de poulet."
C'est par ces mots que commence la Fantastique Aventure des Chroniques Culinaires.

Durant l'été je m'étais remis à la cuisine, mais d'une façon nouvelle : ayant découvert les livres d'Hervé This, j'avais entrepris d'expérimenter ses conseils, en cherchant à réveiller les saveurs, exciter mes sens, étonner mes papilles. Je mitonnais, je touillais avec allégresse, je cherchais les différentes nuances du croustillant de la viande, je tâtais quelques salés-sucrés, je variais les sauces à l'infini.Au gré de la fantaisie, des lectures, des envies, des inspirations olfactives.

Une messagerie intranet ayant été mise en place dans mon travail, et comme j'avais constaté que certaines collègues avaient quelques réticences à l'utiliser, j'eu l'idée de rédiger des chroniques culinaires hebdomadaires. Avec suffisamment d'humour, et un brin d'effort littéraire, afin qu'elles relèvent au moins une fois par semaine leur courrier.

Sitôt pensé, sitôt fait : "Déjà, quand j'étais petit, j'aimais bien le blanc de poulet". Et ainsi de suite : quelques recettes, des explications techniques, des histoires mêmes, et des extraits de quelques lectures gourmandes. La découverte du miel dans la cuisson, les expériences aubergines, la saison de l'ail.

L'habitude a bien été prise, et chacun de mes abonnés reprend sa semaine de labeur avec au moins une petite satisfaction : il y aura au moins la nouvelle chronique. Et c'est pourquoi, depuis Août 1997, chaque semaine je rédige une chronique culinaire. Je subis déjà remarques vindicatives et réclamations douteuses dès que la publication est en retard d'un jour ou deux; alors je n'ose pas imaginer les manifestations, cris et autres supplications qui verraient le jour si j'osais interrompre ma modeste prose. Sans compter les diverses tentations possibles d'emploi de moyens de rétorsions que je n'ose pas imaginer. Chacun sait bien ce que l'âme humaine peut receler de capacités démoniaques insoupçonnées quoique sournoises.

C'est pourquoi je poursuis inlassablement mon labeur et souffre chaque semaine devant l'écran vide. Jusqu'au moment superbe où, à force de frotter la créativité dans le sens du poil, vient l'éblouissement explosif du fil conducteur : et là c'est alors la joie et le plaisir de jouer avec les mots. Et tant pis si les textes écrits ne sont pas dignes d'anthologie. Ce qui compte avant tout, c'est quand même ce qu'il y a dans mon assiette.

Et le plaisir. De manger et d'en parler.

Amicalement,

Jean